C’est quoi la question?

question

Récemment, dans les vestiaires de sport… une discussion :
– J’adore les films de Bruce Lee, c’est toute mon enfance
– Vraiment ? Il aurait pu me citer Drôles de damesme direz-vous !

On ne me l’avait pas faite depuis longtemps celle-là. C’est aussi ça d’être un vietnamien en France. On suscite toujours des questions ! Elles sont généralement un prétexte pour engager la discussion. Parfois subtiles, parfois intelligentes, parfois maladroites mais souvent rhétoriques, voici un pot pourri des plus inattendues…

#Questions sur… mes ORIGINES

Vous êtes chinois ? – Vous êtes né là-bas ? – Vous parlez le vietnamien ? – Vous pouvez me dire quelque chose en vietnamien ? – J’ai du mal à vous reconnaître, vous vous ressemblez tous – Vous avez tous des yeux bridés – Comment vous faites ? Vous êtes tout le temps bronzé – J’ai aussi des amis asiatiques, vous savez ? – Vous êtes déjà retourné au Vietnam ? …

Tous les chinois sont des asiatiques mais la réciproque n’est pas vraie. Tous les asiatiques ne sont pas des chinois ! Je suis vietnamien, né à Saigon. Vu mes origines, je n’ai pas besoin de faire des UV pour paraître bronzé, ma peau est naturellement mate, et si mes yeux sont bridés, ce n’est pas pour me protéger du soleil ! Quoi que, je me demande si ce n’est pas lié. J’en parlerai à Darwin, c’est peut-être véridique !

Je parle couramment vietnamien mais je ne vous ferai pas une démonstration. On n’est pas au cirque ! Mes parents ont toujours privilégié l’intégration dans notre éducation. De ce fait, je n’ai pas grandi dans les traditions vietnamiennes. Je ne fréquente pas forcément que des asiatiques. J’aime les gens pour ce qu’ils sont et en aucun cas pour leur origine. Je suis donc ravi de savoir que vous avez des amis mais inutile de me préciser leur origine. C’est pas très chic!

Mes affinités avec le Vietnam ont toujours été faibles. En effet, ma famille a fui le pays en 1977 et s’est établie en Normandie où j’ai passé une extraordinaire enfance à gambader dans les champs, à courir après les vaches, à jouer Tarzan dans la forêt. Du coup, je n’ai ni atome crochu, ni attirance particulière pour ce pays, un pays qui m’est totalement étranger. J’y suis retourné en 2007 pour la 1ère fois. Je me suis senti comme un étranger parmi mes semblables. Je l’ai alors traversé comme j’ai traversé les autres pays que j’ai visités. Entre le Vietnam et moi, ça restera platonique !

#Questions sur… la CUISINE

Vous savez manger avec des baguettes ? – Vous mangez du riz tous les jours ? – Vous savez faire des nems, j’adore? – J’aime beaucoup la cuisine asiatique. – Vous n’aimez pas le poisson ? C’est étonnant pour un asiatique – Vous mangez du chien ? – Vous mangez des choses bizarres…

On mange avec des baguettes (et non avec les doigts !). Les baguettes n’ont pas la même utilité que les fourchettes. On ne mange pas réellement avec. Elles servent uniquement à mettre les aliments dans le bol, qu’on approche ensuite de la bouche afin d’y pousser la nourriture grâce aux baguettes. Ne vous embêtez donc pas à manger le riz cantonnais avec vos baguettes. Ce n’est pas du tout pratique !

Dans la cuisine vietnamienne, il y a une kyrielle de plats avec du poisson. Mais désolé, je n’aime pas ça ! Au Vietnam, nous avions des bonnes pour enlever nos arêtes ; et en France, comme ma mère travaillait, elle a jugé plus simple de ne plus nous en préparer. Rien de bien ethnique, l’explication est plus basique !

C’est vrai ! Dans certaines régions, on mange du chien, des œufs couvés ou autres mets étranges mais est-ce plus étrange que de manger du cheval, du lapin ou du fromage aux artisons ? Ce sont juste des habitudes culinaires spécifiques à chaque pays. Cela me penser à ma mère. Elle avait horreur quand je faisais la moue devant un plat et me disait « Si tu n’aimes pas, tu ne dégoûtes pas les autres ». Maman, tu es unique !

#Questions sur… mon NOM

Je connais un Nguyen, il est de votre famille ? Comment on écrit Nguyen ? – Nguyen, c’est comme Dupont chez nous ! – Ça veut dire quoi Thanh ? – Thanh ça veut dire François en français ? …

Mon nom, un vaste débat ! En effet, la majorité des vietnamiens s’appelle Nguyen. Sans apostrophe, s’il vous plaît ! Et contrairement à ce que vous pensez, ce n’est pas comme les Dupont mais plutôt les Martin, le nom de famille le plus répandu en France ! Malheureusement, aucun d’entre eux n’est de ma famille dont la plupart vit aux Etats-Unis. Je vous invite à lire le billet que j’avais écrit à ce propos, « it’s Pronounced Nguyen » (cliquez ici).

Concernant mon prénom, la « Pureté » de Thanh n’a rien à avoir avec la « liberté » de François. Je viens juste d’apprendre leur signification. Merci signification-prenom.com ! Je suis devenu François en CE2 en même temps que ma naturalisation française . Je l’utilise uniquement pour les formalités administratives. C’est sûr, c’est moins poétique !

#Questions sur… mon TRAVAIL

Vous êtes tous bons en maths – Vous êtes restaurateur ? Informaticien ? Docteur ?- Vous ne travaillez pas dans cette épicerie ? …

J’ai essayé de faire de la programmation mais parler en binaire, ce n’est pas mon truc. Alors de là à devenir informaticien, il n’y a pas de risque. Je ne suis pas non plus restaurateur. La cuisine, j’adore la faire mais chez moi ! Et s’il vous arrive de faire des courses dans une épicerie chinoise, de grâce soyez indulgent si je ne sais pas où sont les choses que vous cherchez. C’est systématique !

Par contre, vous avez tout à fait raison. J’étais bon en maths. Très rationnel, très cartésien, les maths étaient la matière parfaite; rien à apprendre, juste de la logique ! Mes frères et sœurs étaient aussi très bons, voire meilleurs que moi. Sommes-nous tous naturellement bons en sciences ? Bien sûr que non, tout s’explique !

L’éducation est une obsession pour les vietnamiens. Les mères se jalousent entre elles. Elles se battent pour que leurs enfants soient les meilleurs. Elles restent courtoises en surface mais bouillonnent à l’intérieur quand elles sont menacées. Les enfants doivent étudier les meilleures matières, passer le meilleur bac afin d’avoir le meilleur travail. C’est plus honorifique !

Mon fils tu étudieras les sciences, passeras ton bac S et seras docteur ou dentiste ! Ok Maman, je ferais bac S mais je travaillerai dans la Com et roulerai en Fiat 500. Ne dis pas n’importe quoi !

Mais rassurez-vous, tout n’est pas perdu. J’ai bien un frère dans l’informatique et un autre médecin. C’est juste moi qui suis atypique !

Ravioli frits (Won-ton)

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Quand il fait beau, c’est apéro !

Il y a des habitudes qu’on ne change pas ou qu’on n’aime pas changer en France. Je dirais même que c’est un réflexe conditionné chez nous. Mariage, anniversaire, naissance, diplôme…  On trinque à la moindre occasion. Parfois les raisons sont moins évidentes mais qu’importe. La France est dernière à l’Eurovision, on trinque ! On a un nouveau compte twitter, on trinque au #tweetapero. On a fini un repas, on est plein comme une outre, on trinque encore !
Mais pourquoi trinque-t-on? Pour la simple et bonne raison qu’on aime partager un moment convivial avec les gens qu’on aime. Et c’est d’autant plus vrai dans le Nord !

Et comme nous sommes à #Roubaix, une ville riche par sa diversité culturelle, autant le faire jusqu’au bout. Autant, innover dans nos apéros. Osons le Fusion Apéro. Et ces ravioli me semblent parfaits pour l’occasion. Simples et rapides à préparer, ils seront les nouveaux amis de votre rosé. Exit les sempiternelles cacahuètes, place aux ravioli frits !

INGRÉDIENTS :
– Porc ou poulets
– Feuille de ravioli (épicerie chinoise)
– Oignons
– Champignons noirs
– Huile de sésame
– Sauce de soja
– Sel, poivre

LA FARCE (photo 1)
– Préparer une farce avec du porc et/ou poulet haché (photo 2), champignons noirs (photo 3), oignons (photo 4)
– Ajouter sel, poivre, sauce de soja, huile de sésame

LES RAVIOLIS (photo 5)
– Détacher les feuilles de raviolis (photo 6)
– Poser un peu de farce dessus (photo 7). Pour info ces feuilles se congèlent très bien. j’en garde toujours en réserve
– Replier en 2 pour former un triangle (photo 8)
– Fermer en plissant comme un éventail
– N’attendez pas trop longtemps sinon cela va détremper la pâte et faire éclater le ravioli

Cette recette n’est qu’un exemple. Je fais souvent d’autres versions selon mes envies ou plus exactement ce qu’il me reste dans le frigo. Curry, coriandre, Oyster sauce, à la provençale… tout lui va ! À vous de jouer et laissez s’exprimer votre créativité.

Hoan hô,  干杯, cheers, باسم الله, prosit, υγειά, na zdrowie, saúde, SANTÉ !

Vermicelle de boeuf à la citronnelle (Bún bò xào sả)

IMG_20140508_125353Ce plat est assez générique de la cuisine vietnamienne. Le principe est toujours le même. On mélange des légumes, des herbes fraîches, du vermicelle, de la viande et tout cela arrosé de sauce nước mắm. La base est commune et c’est la viande qui fait la différence et qui donne le nom au plat. On peut mettre du boeuf, du porc laqué, des boulettes de viande, des nems… Il y a des centaines de possibilités. Parfois, on agrémente la sauce avec du lait de coco. Un vrai délice !

C’est typique des habitudes culinaires du Vietnam. Un plat n’est jamais composé d’un seul élément. C’est toujours un mariage d’une multitude d’ingrédients dont le goût et les couleurs vont lui donner toute sa saveur.

Par contre, il y a un principe à respecter : on ne mélange pas les viandes contrairement à ce que l’on peut trouver dans les restaurants sous le nom de Bo bun. On ne mélange pas les nems avec du bœuf ou autre chose tout comme il ne nous viendrait pas à l’esprit de faire un jambon, beurre, pâté !  Trop de saveurs tuent les saveurs ! Mais bon pourquoi pas? Après tout la cuisine est inventive et tant qu’on aime, c’est le principal. Si vous n’aimez pas le bœuf, rien ne vous empêche de le remplacer par du poulet, du porc, des crevettes…

À vos fourneaux, Prêts, Cuisinez !

Étape 1
– Émincer des oignons et laisser de côté

Étape 2
– Couper le bœuf en fines tranches
– Mélanger 2 cuillères à soupe de citronnelle hachée, du poivre, un peu de sucre, 1 c.s de nước mắm
– Laisser macérer environ 1h

Étape 3
– Ciseler des herbes (menthe, coriandre, basilic thaï), salade, concombre. Vous pouvez mettre des carottes (facultatif, c’est juste pour faire un peu de couleur)
– Mélanger le tout avec du soja. Laisser de côté

Étape 4
– Faire cuire les vermicelles
– Laisser égoutter

Étape 5
– Faire griller des cacahuètes et les hacher grossièrement
– À défaut, prendre des cacahuètes apéritif

Étape 6
– Faire la sauce pour nems en mélangeant nước mắm, eau, citron, sucre, piment. Attention, à ne pas mettre trop de nước mắm. 

Étape 7
5 minutes avant de servir faire revenir les oignons dans une poêle très très chaude à feu vif. Ajouter la viande et la faire cuire selon vos goûts. Si vous avez du temps, vous pouvez en faire des brochettes et les cuire au barbecue

Étape 8
Pour servir, disposer dans l’ordre les légumes, le vermicelle, la viande, les cacahuètes et enfin de la sauce

Bonne dégustation !

Salade vietnamienne (Gỏi)

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Les beaux jours arrivent. Le soleil commence à pointer son nez. Et on s’inquiète de savoir quel effet on aurait dans notre maillot de bain. Va-t-on se pavaner sur la plage façon James Bond (Imaginez Daniel Graig et Halle Berry dans leur maillot moulant) ou façon Roseanne (Imaginez l’effet paupiette de notre maillot trop petit car il a rétréci au lavage. Oui, c’est toujours la faute au lavage!)? Mais on est avant tout épicurien. On aime les bonnes choses. On a envie de manger léger sans se priver des plaisirs de la vie.

Cette salade est parfaite pour l’occasion. Elle ne contient pas de matière grasse. Elle a du goût. Elle est rafraîchissante. Elle est toute simple. ET surtout, elle est un peu longue à préparer car il faut tout découper en fines lamelles. Du coup, vous dépensez en plus des calories ! Elle n’est pas belle la vie?

La préparation est un peu fastidieuse car le but est d’avoir des lamelles qui gardent tout le croquant du légume. Évitez de râper les légumes au robot. Vous allez obtenir des légumes tout mous qui baignent dans leur jus, type carotte râpée. Et c’est surtout pas ce que l’on souhaite.

On doit donc tout couper à la main avec un économe. Dans le temps, ma mère me faisait couper de grandes lamelles qu’on superpose afin de les couper ensuite au couteau. Aujourd’hui, il existe des économes qui permettent de râper directement. Ou utilisez une mandoline. C’est idéal mais un plus dangereux !

INGRÉDIENTS
– Carottes
– Concombre
– Poivrons
– Branches de céleri (facultatif)
– Radis blanc (facultatif)
– Longe de porc (ou blanc de poulet)
– Gambas décortiqués
– Herbes (menthe et coriandre). J’adore en mettre beaucoup
– Citron
– Sauce nước mắm
– Sucre
– Piment (facultatif)
– Cacahuètes

1. Faire cuire la viande et les crevettes à l’eau et séparément. Laisser bien refroidir pour mieux couper
2. Râper tous les légumes comme expliqué plus haut. Pour le concombre, n’utilisez pas la pulpe
3. Ciseler finement les herbes
4. Mettez le tout dans un grand saladier
5. Préparez la sauce dans un bol en mélangeant 5 cuillères à soupe de nước mắm, le jus d’un citron ou deux, 2 cuillères à soupe de sucre. Rectifiez l’assaisonnement selon vos goûts et ajoutez du piment si vous aimez
6. Versez le tout dans le saladier avec les légumes. Laissez reposer
7. Pour servir, disposez les légumes dans une grande assiette. Disposez par dessus la viande coupée en fines lamelles et les crevettes. Et parsemez le tout de cacahuètes concassées

Ma salade fait des miracles, pensez-y !

D’une baguette à l’autre…

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Me voilà en Normandie, au Val de Reuil, ma ville bien aimée. La ville où je vais passer la meilleure enfance qu’on puisse imaginer. À l’époque, elle s’appelait encore Le Vaudreuil Ville Nouvelle. Comme son nom l’indique, elle faisait partie des 9 villes nouvellement créées suite à un projet d’urbanisation dans les années 1970. Elle était donc parfaite pour ma famille, une nouvelle ville pour une nouvelle vie ; une ville à bâtir pour une vie à construire.

La ville était un vaste chantier, toutes les maisons n’étaient pas encore disponibles. Nous nous sommes donc installés provisoirement au « foyer des 4 soleils », un foyer pour jeunes travailleurs. Ce n’est que 3 ou 4 mois plus tard que nous avons pu emménager dans notre home sweet home. Nous étions un peu à l’étroit mais c’était NOTRE maison, une maison entièrement meublée Conforama 70s. Les mêmes meubles que j’ai retrouvés, un jour, en allant déjeuner « Chez Charlotte » à Roubaix. Que de souvenirs, que de nostalgie !

Pour ma mère, la transition a été assez rude au début. Elle a dû du jour au lendemain s’occuper seule des 8 enfants. En effet, au Vietnam, tout était plus simple pour elle. Elle avait des domestiques pour l’assister au quotidien. C’est pourquoi mes parents avaient quitté le pays avec une bonne, pensant naïvement qu’elle pourrait continuer à les aider. Mais ça ne s’est pas du tout passé comme prévu, celle-ci a vite compris que la France était un pays de liberté et elle est vite partie faire sa vie de son côté. Et elle avait bien raison !

Du coup, ma mère, cette dame bourgeoise, a dû se mettre au travail, d’autant que mon père avait repris son métier de Capitaine dans la marine marchande, et était absent des mois durant. Non seulement elle a dû s’occuper seule de nous, et aussi compléter les revenus du foyer en devenant couturière à domicile. Encore merci pour tout Maman !

Malgré leurs préoccupations, mes parents n’avaient pas oublié leur objectif premier : nos études. Les choses sont alors devenues plus sérieuses pour moi. Il fallait nous préparer pour la rentrée scolaire des vacances de Noël. Le but était de faciliter notre intégration afin de suivre une scolarité correcte.
Pour mener à bien cette mission, ils se sont transformés en véritables « tortionnaires » de l’éducation. Les vacances étaient bel et bien finies. Ainsi donc commence mon apprentissage de la vie !

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Chacun avait un rôle spécifique. Mon père m’apprenait les bonnes manières et ma mère le français. Il m’a appris comment me tenir à table. Il m’a expliqué qu’en France, on ne mangeait pas dans un bol mais dans une assiette et qu’on ne devait plus la tenir dans la main. Ouf, j’ai eu peur car c’est super grand et lourd ! J’ai dû abandonner les baguettes et les remplacer par des couverts. Il restait derrière moi, et mettait consciencieusement le couteau dans la main droite, la fourchette dans la gauche en prenant soin de poser l’index sur le dos des couverts afin les maintenir fermement. J’ai aussi appris l’existence d’un autre type de baguette : le pain, cette fierté française connue dans le monde entier et qu’on utilise comme un 3e couvert pour saucer l’assiette !

Ces choses si simples du quotidien qui vous apparaissent comme une évidence, j’ai dû les apprendre une à une. Et ce n’était pas toujours facile. Je n’étais pas habitué à ces couverts, je ne « ressentais » plus ce que je mangeais, et j’avais l’impression d’utiliser des outils de bricolage.

Ma mère de son côté m’enseignait le français. Et elle avait une technique bien à elle, une technique originale mais je suppose que c’est ainsi que ses parents, eux-mêmes instituteurs, lui ont appris le français… Elle nous faisait copier des lignes et des lignes jusqu’à ce qu’on les mémorise. Ma sœur et moi les copiions sans fin et sans en comprendre un traître mot. Et quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai commencé à comprendre le sens réel de ce qu’on écrivait !

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En effet, quand on débute dans une langue, les premiers mots qu’on nous apprend sont habituellement « bonjour », « comment ça va ? », « merci beaucoup » voire des gros mots. Que la personne qui n’a pas fait ça, me jette la première pierre !
Ma mère, elle, me faisait copier et apprendre par cœur « les élèves ne sont pas sages, la maîtresse les punit ». J’étais super fier de moi, je pouvais enfin parler le français. Je répétais sans cesse cette phrase comme une litanie.

Le jour J est enfin arrivé, j’étais fin prêt pour aller à l’école. J’entrais, un peu intimidé, dans ma nouvelle classe de maternelle. Les débuts ont été très difficiles. Oui, je savais me tenir à table mais ils avaient oublié de me prévenir qu’on ne mangeait pas du riz à la cantine, que ce n’était pas bon, que le camembert ça puait… Oui je comprenais un peu le français mais tout le monde parlait bien trop vite et n’avait pas l’accent vietnamien de ma mère…

Malgré ces perturbations, cela n’a pas pris longtemps pour me faire une bande de copains. C’était assez comique quand j’y repense ; on jouait, on s’amusait mais en silence car personne ne se comprenait. Un jour, je décide de leur parler et imaginez leur tête quand ils ont entendu ma litanie « Les élèves ne sont pas sages, la maîtresse les punit ». Mon 1er grand moment de solitude ! Je vois encore ma sœur me dire « Je pense qu’il faut arrêter de dire cette phrase, ça ne doit pas être gentil ». Tu m’étonnes et encore merci maman !

Donne-moi ta main et prend la mienne…
Les grandes vacances sont arrivées. Mais nous, on ne partait pas en vacances. C’est une habitude typiquement française et mes parents ne connaissaient pas tous ces usages (Tiens, une idée pour un autre billet). De toute façon, on n’avait ni le temps et encore moins les moyens. De toute façon, je ne parlais pas encore assez bien le français et il fallait me préparer pour mon entrée en CP. Tu parles de vacances ! Chaque jour, je devais apprendre à lire et à écrire. La télé m’a aussi beaucoup aidé. Vive « Dorothée et ses amis » et « Récré A2 » où je me suis fait des amis comme Félix, Casper, Casimir, Candy…

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Ma grande sœur a aussi pris le relais. Elle m’enseignait les maths. J’ai appris à faire les additions et soustractions. Il faut croire qu’un enfant apprend très vite car en CP, j’étais le seul de la classe à savoir lire, écrire et calculer dès la rentrée ! Super efficace votre méthode !

Cette éducation a marqué toute mon enfance. Aujourd’hui encore, quand je tiens mes couverts, je fais attention à bien poser l’index ; quand je parle, je dis rarement des grossièrement et je fais très attention aux mots que j’utilise. Merde, c’est vrai quoi ! Oups, pardon papa et maman !

Recette de NEM (Chả giò)

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Qui ne connaît pas le nem de nos jours? Comme le couscous, il s’est complètement intégré dans le paysage culinaire français. Aujourd’hui, on le trouve partout. Mais saviez-vous que c’est un plat vietnamien, un plat en soi qu’on mange comme plat principal? Comme la pizza, il a été décliné dans différentes versions. On a ajouté des sauces, on a mis du curry, voire même du foie gras dans sa version Cyril Lignac.
Dans la vraie, la seule et l’unique version vietnamienne, le nem est simple. Son goût est assez neutre et il va s’accorder subtilement avec les accompagnements qui vont donner tout le goût du plat.

Le nem fait partie du tiercé gagnant de la cuisine traditionnelle vietnamienne. Je vous ai donné le phở, je vous ai donné le porc au caramel, maintenant je vous donne nem.

Normalement, on le prépare avec des galettes de riz. Mais c’est long et fastidieux. Petits, ma soeur et moi, étions souvent de corvée pour la préparation. Ma mère préparait la farce, on la mélangeait. Puis on humidifiait les galettes et on les posait sur du linge de table. On mettait ensuite la farce et elle passait pour les rouler. Ainsi de suite… Du taylorisme à la Nguyen !

 Le nem est donc un plat principal. On peut le manger de 2 façons; soit on le roule dans une feuille de salade avec du vermicelle, des herbes, du soja, du concombre et on trempe le tout dans la sauce; soit, pour les plus fainéants, on mélange tout dans un bol. Attention,  il y a un ordre à respecter. Ben oui, on ne fait pas n’importe comment ! On met d’abord le soja, le concombre, puis le vermicelle. On termine avec le nem coupé en morceaux et les herbes, et on arrose le tout de sauce. Parfois, j’entends le mot Bo Bun mais je ne sais pas ce que c’est en fait !

Aujourd’hui, j’ai moins de temps alors je préfère donc utiliser des galettes de blé chinoises, tellement plus pratiques ! Et je fais travailler ma belle famille. Ils adorent ! C’est devenu une tradition conviviale. Quand on se voit, on fait des nems. C’est la « nem factory ». C’est l’occasion de discuter, critiquer, de se moquer gentiment du travail de chacun dans la bonne humeur. Ils emportent avec eux ces nems à Clermont-Ferrand qu’ils congèlent amoureusement !

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La Nem factory Minard

Bien sûr, chacun met la main à la pâte; moi le maître de chantier, je prépare le matériel, Robert, mon beau-père au pétrissage et à la cuisson; Mounette, ma belle-mère et Fred au roulage. Quand Marianne, ma belle-soeur est là, même traitement surtout qu’elle roule super bien. C’est un moment magique !

INGRÉDIENTS
– Porc maigre (ou poulet, et je ferme les yeux !)
– Vermicelle fin
– Champignons noirs
– Carottes
– Oignons
– Soja
– Galettes de blé
– Farine (juste un peu)
– Sel et poivre

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– Mélanger du porc hâché avec des carottes râpées, des oignons émincés, soja, vermicelles, champignons noirs, sel et poivre.

– Ne pas hésiter à mettre beaucoup, beaucoup de légumes (au Vietnam, la viande est très chère, c’est pour cela qu’il y a beaucoup de légumes dans la farce)

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– Préparer de la colle avec un peu de farine et eau

 Photo 3
– Découper les galettes en 2 en triangle pour les nems
– Faire aussi des plus petits triangles qu’on mettra sous la farce pour renforcer. Ma belle famille appelle cela un « protège slip » !

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– Disposer une galette avec un « protège slip » pour le renfort
– Puis par-dessus la farce en tassant bien

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– Replier chaque côté et commencer à rouler en serrant au maximum
– Il ne faut pas laisser de vide. Si c’est trop lâche, le nem va s’imprégner d’huile !

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– A la fin, mettre un peu de colle sur le bout et terminer le roulage
– Pas trop de colle, sinon cela va être trop humide et le nem va éclater à la cuisson !

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– Résultat d’un nem fini

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– Frire rapidement, sinon la farce va détremper la galette et la fera éclater à la cuisson
– Si vous ne les mangez pas de suite, ne les faites pas trop dorer
– Vous pourrez les congeler et le refaire cuire ensuite (four ou friture)

 

BOAT PEOPLE : Oh la la… C’est beau la France [Part 5]

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Il est 7 h, Paris s’éveille…

11 jours de voyage, 12 heures de vol et 14 000 km plus tard, nous voilà enfin en France, nous voilà à l’aéroport d’Orly… Ça grouille dans tous les sens. Il y a du monde partout. Les gens marchent vite. Ils parlent entre eux, je ne sais pas trop ce qu’ils se disent. Ce brouhaha permanent commence à me faire tourner la tête. Je décide alors de sortir prendre un peu d’air. Bonjour Paris…Bonjour le choc thermique. Il fait super froid, ici! Pour la 1ère fois de ma vie, j’ai la chair de poule. Je me précipite à l’intérieur pour me blottir contre mon père. Et c’est à ce moment qu’a été prise cette incroyable photo de ma famille attendant tranquillement à l’aéroport.

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Saigon-Paris – 14 000 km (googlemap)

Nous sommes ensuite amenés dans un foyer à Épinay-sur-Seine. Ce n’est pas encore notre destination finale. Ce n’est qu’une étape, le temps de régler toutes les formalités administratives. Combien de mois, combien de jours y sommes-nous restés? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais jamais je n’oublierai ces moments. Mes plus beaux souvenirs datent de cette époque. Je découvrais avec mes yeux d’enfant la France. Chaque chose était une découverte, chaque jour me réservait des surprises.Tout me paraissait incroyablement démesuré. Je contemplais ce monde qui m’entourait. Je faisais attention au moindre détail.

Je passais des heures la tête en l’air à admirer les gratte-ciels. Je m’allongeais sur l’herbe et j’imaginais ce qu’on pouvait ressentir d’en haut; j’essayais en vain de compter les étages sans y parvenir. C’est normal, je ne savais que compter jusqu’à 10 !

Je passais des heures à monter et à descendre les escalators. Je marchais, je courrais, j’allais à contre-sens, je m’asseyais sur la rambarde… je faisais tout ce qui me passait par la tête. Je tombais, et je me faisais mal mais je continuais car je m’éclatais comme un fou. Je faisais la même chose avec les ascenseurs. J’appuyais sur tous les boutons. Je montais, je descendais. Je remontais, je redescendais…Et encore maintenant, dès que je suis dans un ascenseur, j’ai cette envie d’appuyer sur tous les boutons !

Je passais des heures à regarder un groupe d’adolescents. Ils me fascinaient. J’observais leurs moindres faits et gestes. C’était surprenant de les entendre parler sans comprendre un seul mot. Cela devait être cool puisqu’ils rigolaient sans arrêt. Ils mangeaient des oranges en faisant un trou afin d’en presser le jus alors que ma mère elle les épluchait. C’est certainement la façon cool de manger les oranges. Et longtemps, j’ai mangé les oranges comme eux ! Ils faisaient de la mobylette, ils avaient un magnétophone et écoutaient de la musique (Sunny ou Ma baker de Boney M, je crois). Ils étaient trop cool et moi aussi je voulais être cool. Because Daddy cool !

À force de les regarder, ils se sont pris d’affection pour moi et m’ont adopté dans leur groupe. Ils m’ont donné une orange. Ils m’ont promené sur leur porte bagage. Ils me disaient des choses, je ne comprenais toujours rien mais je souriais parce que je me sentais bien. J ‘étais un grand, j’étais devenu cool !

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Mon frère, de son côté, n’a pas perdu son temps non plus. C’était un vrai filou ! Je ne sais pas comment il a fait mais il a vite compris le potentiel des bouteilles consignées. Il m’a expliqué qu’on pouvait les échanger contre de l’argent. Décidément, ce pays commence vraiment à me plaire! Quel drôle d’idée de jeter de l’argent, il ne faut pas gâcher. Alors on faisait tous locaux à poubelles pour ramasser notre trésor.
Une fois échangé contre de l’argent, il m’explique qu’il y a un endroit avec plein choses qu’on pourrais acheter grâce à notre argent. Ça s’appelle un supermarché 🙂

Il m’y emmène, c’est la révélation. C’est la plus belle chose qui me soit arrivée jusqu’à présent. C’est la plus belle image de ma vie, mon plus beau souvenir de la France. Je suis dans le rayon confiseries. Il y a en avait des bonbons, de toutes sortes, de toutes les couleurs. VOUS, vous voyez de simples sucreries mais MOI, un petit garçon du tiers monde, je vois le paradis! La France est un gigantesque rayon de bonbons. La France, c’est le pied! J’ADORE LA FRANCE. Papa, on ne s’évade plus, je reste ici. Je ne bouge plus !

Aujourd’hui, je chéris chaque instant, chaque souvenir de cette époque car ils me rappellent d’où je viens et me font apprécier la valeur de chaque chose même les plus simples.

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Mon père de son côté, n’a pas chômé non plus. Il passait son temps dans les paperasses. Comme pour la Thaïlande, nous avons eu un accueil très médiatisé. Il a été interviewé, il y a eu des articles sur nous. France Inter a beaucoup fait pour ma famille. Je me souviens encore de tous ces objets publicitaires qu’ils nous ont donnés. Ma famille et moi étions devenus des hommes-sandwich pour France Inter. On a porté les t-shirts, les coupe-vents, les sacs à dos. On écrivait avec leurs stylos. Et c’est grâce à eux mon père a pu retrouver son ancien patron à Marseille. Et deux mois après, il a été embauché. On nous a alors trouvé une ville et une maison pour nous y installer. Nous voilà au Val de Reuil, une ville nouvelle de Normandie en pleine construction. C’est le début de l’hiver.

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Finies les vacances! Mes parents se sont transformés en véritables tortionnaires de l’éducation. Il fallait que je sois prêt pour aller à l’école après les fêtes de Noël. Ainsi commence mon apprentissage du français…

NOTES
1. La photo en couverture a une valeur sentimentale inestimable. Elle a été prise par un journaliste. C’est la 1ère photo de ma famille à notre arrivée en France à l’aéroport d’Orly. Je suis le petit garçon à gauche, toujours souriant ! Mon père, au centre, semble soulagé. Mais si on regarde attentivement, on devine sa fatigue car il a été très éprouvé moralement et physiquement par cette épreuve.

2.  J’ai vécu une histoire exceptionnel! Une anecdote de 11 jours qui a changé le cours de ma vie. Mais l’aventure n’est pas finie, je continue de la vivre intensément au quotidien à Roubaix, ma ville d’adoption. Et je ne remercierais jamais assez tous ceux qui ont croisé notre route, qui nous ont aidé et qui m’ont permis de faire de ma vie ce qu’elle est aujourd’hui.